Vu sur Techcrunch, une analyse très juste de la menace récente de Google de se retirer du marché chinois.
En effet, Google a récemment été la victime d'une attaque massive par des pirates visant les comptes gmails de partisans des droits de l'hommes chinois. La firme américaine a également annoncé avoir découvert que de nombreux comptes de militants européens, américains et chinois pour le respect des droits de l'homme en Chine avaient été régulièrement infiltrées.
Suite à cette attaque, Google a annoncé que les résultats de son moteur de recherche chinois ne seraient plus filtrés, alors que le gouvernement chinois le leur imposait. Cela signifie donc certainement pour Google la fin de ses activités commerciales en Chine, geste se voulant donc clair, courageux et engagé. "La garde meurt mais ne se rend pas" en quelque sorte...
Certains ont déjà commencé à féliciter la décision de Google, n'hésitant pas à déclarer que Yahoo! et Microsoft devraient en prendre de la graine, pendant que d'autres plus modérés, devinent déjà la manoeuvre (ici). Et oui, il ne faut vraiment pas voir de l'angélisme dans cettte décision. Aucune réelle volonté politique de défense de quelques vertus oubliées, non, juste l'instrumentalisation des attaques pour en faire une belle opération de RP.
Pour comprendre cela, il faut d'abord comprendre le marché chinois. D'un côté Baidu, moteur de recherche 100% chinois aux 8 milliards de requêtes en Juillet 2009, mais dont la zone de chalandise se limite à l'Asie; et de l'autre Google, aux 80 milliards de requête, n°1 mondial incontesté, mais qui n'est qu'un petit dans la Chine de Baidu. Cela faisait quatre ans que Google se soumettait aux exigences du gouvernement chinois en matière de censure des résultats afin de pénétrer le marché asiatique en justifiant sa démarche par le fameux "mieux vaut un Google censuré que pas de Google du tout". Malgré cela, Google n'avançait pas ua rythme souhaité sur le marché chinois, bien trop patriote pour préférer un ricain à Baidu, une entreprise qui collabore à 100% avec le gouvernement chinois. L'avenir de Google en Chine était donc cantonné à celui de l'éternel second, de Poulidor des search engines.
C'est pourquoi le scandale des attaques récentes et de la découverte par la même des infiltrations de comptes gmails pouvaient, intelligemment utilisée, représenter une opportunité. Google n'ayant aucun avenir de n°1 en Chine, deux choix s'offrent à la firme: se retirer du marché, ou se situer sur un marché de niche pertinent pour le futur. Google a annoncé qu'il quittait le marché chinois. Des hourras fusent dans le monde entier -même s'il ne s'agit à que d'une décision mercantile- mais on ne remarque pas de préparatifs spéciaux en dehors de l'annonce qui a été faite. Ce que l'on voit en revanche, c'est que les chinois ont déjà organisé une journée de deuil du départ de Google, et que de nombreux internautes chinois expriment sur internet leur mécontentement. La plupart le font sur facebook et twitter, sites interdits et disponibles uniquement via proxy, et d'autres vont même jusqu'à déposer quelques avis sur les pages Baidu. Et si nous analysons les mécontentements, nous avons d'une part les classes intellectuelles influentes, comme certains membres du corps enseignant, et d'autre part des représentants de la génération digitale -digital native-, habituée à utiliser Google et les sites interdits via proxy.
Google a donc aujourd'hui deux choix, qui représentent des paris sur l'avenir, mais dont les conséquences engendreront une situation meilleure qu'hier. Ou Google se retire et arrête d'investir sur un avenir chinois qui lui semble perdu d'avance, ou la société mise sur sa clientèle de fans purs et durs qui en plus de leur fidélité présentent un fort potentiel d'influence sur les autres consommateurs pour l'avenir. En effet, ceux-ci n'envisagent pas une seule seconde une Chine sans Google, car il s'agissait pour eux de la seule source où l'on pouvait encore trouver quelques infos non contrôlées par le gouvernement. Certains professeurs se demandent comment ils vont retrouver certaines informations pour leurs cours sans Google. D'autres geeks chinois affirment qu'ils continueront à l'utiliser, quitte à devoir naviguer via proxy 24/24h.
On pourrait résumer cette situation en la comparant avec celle de firefox: mozilla compte un jour doubler microsoft et son internet explorer non seulement grâce à la qualité de ses services, mais également grâce à sa communauté d'utilisateurs qui sont ses meilleurs commerciaux. Qui n'a jamais eu affaire à un mozilla user cherchant à tout prix à vous convaincre de basculer sur firefox? En tout cas, c'est comme ça que j'ai changé de navigateur :).
Voilà donc la situation Google Chine telle qu'elle se présente aujourd'hui. Un tournant commercial pour Google, qui a enfin le choix entre deux alternatives viables pour son avenir asiatique. A eux de faire le bon choix. Mais surtout, qu'on ne vienne pas m'expliquer que Google a cédé face à la pression politique internationale ou, pire, qu'il s'agit d'une décision vertueuse. Que des gros sous là d'dans, j'vous l'dis ma p'tite dame!